Interfaces invisibles
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Comme par magie
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Les écrans tactiles, les souris et les joysticks auront-ils bientôt fait leur temps ? Dès aujourd'hui, les designers d'interface travaillent à un passionnant mélange de réalité et de virtualité : des interfaces invisibles et des détecteurs de mouvement transmettent les ordres, sans que la personne ne touche l'ordinateur ou le téléphone portable. Design Report présente quelques-uns des plus récents projets de recherche.
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La technologie comme au cinéma : ce dont Tom Cruise présente comme une vision du futur dans „Minority Report“, est en train de devenir réalité : depuis déjà des années, des expériences sont menées sur ce qu'on appelle le „tracking“, c'est à dire des systèmes, grâce auxquels les ordinateurs reconnaissent les mouvements. Des interfaces multimédia peuvent désormais être commandées en marchant ou en montrant. Cette technologie mue comme par magie, manque toutefois de fiabilité. „Il faudra encore environ un an avant que nos interfaces invisibles soient prêtes à être commercialisées“, estime le développeur d'interfaces Wolfgang Strauss. Il est co-directeur de MARS, le laboratoire Media Arts Research Studies du Fraunhofer Institut für Medienkommunikation (IMK) à St. Augustin. Depuis des années, Strauss travaille en équipe avec des artistes, des informaticiens et d'autres scientifiques, sur le front du développement de nouvelles technologies. Avec des résultats des plus excitants. Le logiciel du „Point-Screen“ de Fraunhofer est doté de détecteurs, qui perçoivent le champ électrique d'une personne. Si l'on montre de la main l'un des 32 champs d'écran, ce mouvement est mesuré par le détecteur. L'ordinateur peut ainsi savoir, sans contact concret, que la main montre le champ 19 et agit de la même manière que lorsque l'on clique sur le curseur : vidéo, site d'information ou tableau – quelle que soit la fonction attribuée à ce champ, celle-ci est activée. Le geste consistant à montrer supplante la souris et le clavier. Pour les agences de voyage ou les salles de démonstration de tout type, une telle surface d'information interactive serait particulièrement utile. Si le magasin est fermé ou bondé, les personnes intéressées peuvent tout de même consulter les informations souhaitées à travers la vitrine en pointant du doigt à leur gré. Les premiers projets impliquant des partenaires industriels sont en cours de conception.Accès à l'information via „Extra-sens“ Lors du Cebit, l'intérêt de „l'industrie automobile" s'est portée "entre autres sur la technologie Point-Screen. Et un responsable du traitement de substances chimiques a trouvé le système tout simplement idéal : de cette manière, les employés évitent tout contact manuel avec les surfaces sales“, déclare Strauss. Les bureaux de design et de planification urbaine ont également été fascinés. Ils réfléchissent aux applications du système interactif pour les surfaces de publicité ou en tant que plate-forme de communication en réseau aux arrêts de bus. Le tracking interactif convient par ailleurs aux systèmes de signalisation à travers les villes et les bâtiments complexes. Au MARS, on en est à l'heure actuelle à la dernière phase de développement : on souhaite réduire l'ordinateur à la taille d'un centimètre cube, maîtriser les imprécisions de mesure et essayer le Point-Screen avec des contenus multimédia à plusieurs couches – un défi pour les designers d'interfaces. En outre, la technologie requiert plusieurs détecteurs plus sensibles : le rayonnement électrique de certains corps est insuffisant. Ainsi, Telekom vient de lancer à Cologne une vitrine interactive, qui mesure le déplacement, non pas à l'aide d'un détecteur mais d'une caméra de surveillance. Toutefois la couleur des vêtements et les conditions de luminosité affectent occasionnellement la fiabilité. Une règle générale s'applique en effet à tous les développements prometteurs avec des interfaces non-perceptibles : ils doivent à l'heure actuelle encore lutter contre le facteur homme. Celui-ci a certes appris à se servir admirablement des sens dont il a hérités. Mais les nouveaux systèmes de détecteurs lui en confèrent un nouveau. „On constate aujourd'hui, qu'il existe un sens du non-toucher“, explique Strauss. Et son utilisation devra s'apprendre.Il n'est pas du tout aisé de montrer de façon exacte. Tout comme pour le seuil d'inhibition de l'utilisateur d'Internet et des téléphones portables, qu'il a fallu surmonter, il s'agit seulement d'une question de temps. Si l'on conçoit le processus d'apprentissage de manière ludique, l'utilisateur ne tarde pas à surmonter ses craintes à l'égard des technologies futuristes. Les artistes des médias sont passés maîtres en la matière.Tester les limites dans l'art Dans le „Fishermans Cafe“, un travail de l'artiste japonaise Kaeko Murata, une table de café est observée par une caméra installée au dessus. L'ordinateur de celle-ci enregistre les mouvements de la main et réagit par une interaction visuelle : les turbulences de l'air, que l'on génère par exemple en soulevant la tasse de café, sont rendues visibles sur la table en tant que projection de vagues, dans lesquelles s'ébattent des poissons virtuels. „De tels projets voient le jour dans le cadre de l'art, car il est libre de toute contrainte d'application pratique “, explique Wolfgang Strauss. „Les artistes sont les meilleurs testeurs de logiciels, parce qu'ils poussent les systèmes jusqu'à leurs limites. Mais les designers vérifient l'application, dans le sens où ils partent de la nécessité pour la société.“ Et c'est ainsi que l'on trouve sans cesse de nouveaux travaux créatifs sur commande, dans lesquels les designers prolongent le développement des idées artistiques pour les produits et les clients. Une projection de vagues interactives telle que dans le „Fishermans Cafe“ se retrouve par exemple au musée des producteurs de whisky „The Famous Grouse“ à Criieff près de Perth/Ecosse. L'agence ART+COM y a conçu une pièce interactive, dans laquelle le visiteur patauge dans des whiskies– la projection au sol jette en effet des vagues exactement à l'endroit où les pieds se trouvent. Et plus encore : dans le whisky flottent des glaçons virtuels, que l'on doit attraper en marchant dessus ou dégager d'un coup de pied. Cela est très amusant et fini même par convaincre les plus sceptiques de prendre part au jeu. Un autre projet de l'agence berlinoise – qui mène du reste ses propres recherches – agit avec les découvertes les plus récentes de la science. Conjointement avec le bureau Staubach et le Zentrum für Kunst und Medientechnologie (ZKM), on a développé des décors pour la Biennale de l'opéra de Munich, qui fonctionnent par reconnaissance des déplacements : il existe dans l'ordinateur une copie de la scène. La pièce virtuelle et son pendant réel sont reliés, en temps réel, par la technologie de tracking. Si le chanteur traverse, lors de son déplacement, certains points sur les planches, qui ont été au préalable définis dans l'ordinateur, celui-ci le reconnaît et déclenche l'interaction adaptée avec les six écrans de projection. Il en va de même avec les gestes. „L'acteur a le pouvoir“, ainsi Joachim Sauter, fondateur d'ART+COM et professeur de design avec médias numériques à l'Universität der Künste de Berlin, définit-il l'arrière plan de l'idée. „Et on ne peut pas ici ne pas voir qu'il s'agit bien de la virtualité au sens communicatif.“ Confronter la complexité avec clarté Et il devient ainsi clair, que le travail du designer d'interface concernant la conception au sens de choix de la couleur et de la forme ou du graphisme de la surface n'est plus que subordonné. Le designer d'interface conçoit les espaces virtuels comme des mondes indépendants. L'interface entre l'homme et la machine, l'interaction entre le monde réel et virtuel, a su le séduire par sa totale multiplicité actuelle. Il étudie les possibilités et les nouveaux développements scientifiques et les met en œuvre dans des projets concrets pour ses clients. Mais, selon Sauter : „Celui qui ne connaît pas la langue des médias numériques, leurs paradigmes, leurs modèles et leurs principes, balbutie et bégaye dans ses travaux – comme on l'a trop souvent vu au cours des dernières années.“ Afin de combattre cela, l'Interaction Design Institute Ivrea, qui forme des spécialistes du monde entier, a été fondé en Italie, voilà deux ans. Au début du mois de juillet, les premiers étudiants se sont vus remettre leur Master. A l'heure actuelle, les recherches en cours à l'Ivrea portent sur l'utilisation d'interfaces, destinées à apporter une plus grande fluidité temporelle donc plus de détente dans le quotidien. „Fluidtime“, ainsi été baptisé le projet, permet à l'utilisateur de constater par exemple, combien de temps il doit encore attendre son bus. Un logiciel java sur le téléphone portable ou sur un objet spécialement conçu se connecte au serveur du service de transport en commun et collecte des informations permanentes et actuelles sur le site, relatives à la ligne de bus. „Nous essayons à l'heure actuelle trois formes de présentations différentes des résultats “, raconte Gillian Crampton Smith, la directrice de l'institut Ivrea. „En lieu et place de mots, c'est à dire d'un SMS, nous avons recours à une représentation visuelle. L'utilisateur reçoit un graphique, sur lequel les symboles du bus se déplacent. Une alternative consiste à afficher un petit personnage, qui en fonction de la proximité du bus, se détend, à l'air attentif ou se met à courir.“ Dans un autre segment de „Fluidtime“, on en est déjà aux essais de faisabilité : environ 50 étudiants et chercheurs se partagent chez Ivrea une machine à laver. Depuis peu, elle signale la progression du lavage à un moment donné, par exemple à un ordinateur ou à un téléphone portable. Cela permet ainsi à l'utilisateur une meilleure coordination de son temps et évite les déplacements inutiles vers la buanderie. „Notre société flexible ne parvient presque plus à respecter ses emplois du temps. De tels systèmes de suivi et de visualisation soulagent et nous aident à gérer notre temps si précieux, de façon plus détendue “, déclare Smith et réclame par ailleurs : „Le défi du designer d'interface réside dans la complexité des ordinateurs et de la télécommunication – et que l'informatique se déplace du bureau vers le monde qui nous entoure. Les designers doivent garantir que la commande de cette multiplicité demeure simple et claire.“Des possibilités aux multiples facettesA la Fachhochschule d'Augsburg, qui se distingue par un travail d'équipe cohérent entre les designers et les informaticiens, on développe également des interfaces invisibles en combinaison avec le GPS. Avec „Mobile Experience. Zeichen – Sprechen“ (expérience mobile. signes – parler), la ville devient une interface, et même une document sonore que les touristes peuvent visiter. Avec un PC de poche et un casque d'écoute, la promenade à travers Augsburg se veut désormais une aventure interactive. En fonction du lieu chargé d'histoire devant lequel on passe, l'appareil transmet le son correspondant. On entend ainsi soudainement un entretien entre des hommes d'états depuis longtemps disparus ou des notes de piano tout droit sorties de la maison natale d'un compositeur. „Les designers d'interface doivent réfléchir à des dramaturgies pour tout : Le son doit-il venir de la gauche ou de la droite ? Doit-on envoyer le matin des discussions de négociations et le soir, les sons d'un repas en famille ?“, ainsi définit Ludwig John, professeur de multimédias et de design, le champ d'investigation de ses étudiants. Pour lui, la chance du design d'interface réside dans les possibilités aux multiples facettes, que nous ne connaissons en partie pas encore. John : „Même si l'industrie a en ce moment beaucoup de mal avec les visions : le designer de l'avenir combinera le virtuel au concret et au toucher.“
http://www.artcom.de
http://www.imk.fraunhofer.de
http://www.interaction-ivrea.it
http://www.fh-augsburg.de/gestaltung
Christiane Wettig
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design report 09/2003 |
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Naviguer par „extra-sens“ : montrer simplement du doigt suffit pour appeler des informations via le „Point Screen“. L'utilisateur devra cependant prendre le temps de s'y faire.
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Opéra virtuel : le „Juif de Malte“ a été joué dans le cadre de la Biennale de l'opéra de Munich, en 2002. Avec la détection des mouvements des acteurs, les costumes projetés et les décors médias changent de façon précise. Les comédiens deviennent alors des acteurs au double sens du terme.
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| Le temps en tant que matière première précieuse : le projet „Fluidtime“ de l'Interaction Design Institute Ivrea en Italie effectue des expériences avec les interfaces, qui doivent aider les utilisateurs à mieux jouir de leur temps. Ainsi la position d'une figure schématique montre à l'utilisateur, dans quel état il doit se trouver s'il ne veut pas manquer le prochain bus. La machine à laver virtuelle indique de façon figurative lorsque la lessive est finie. |
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