06.01.2009

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La lutte du Professeur Dietrich Grönemeyer contre le mal au dos

Le prix à payer pour


Le médecin Professeur Dr. Dietrich Grönemeyer, frère du célèbre musicien allemand Herbert Grönemeyer, a atteint la tête des best-sellers avec son livre « Mein Rückenbuch – Das sanfte Programm zwischen High Tech und Naturheilkunde » [Le livre du dos – un programme tout en douceur entre high-tech et médecine naturelle]. Le rédacteur de Mensch & Büro, Wilhelm Klümper a discuté avec lui des origines possibles du mal au dos ainsi que des mesures de prévoyance et de traitement.

M&B : La station debout a-t-elle aidé à l’homme dans son évolution ?

Grönemeyer : La station debout ne représente pas seulement une performance mécanique du squelette mais également un chef-d’œuvre du cerveau et des nerfs. Le prix à payer pour cette avancée évolutive est malheureusement le mal au dos, car aux endroits où les singes se sont redressés, c'est-à-dire juste au-dessus du sacrum, notre colonne vertébrale se courbe vers le haut au lieu de rester horizontale comme chez les quadrupèdes.

M&B : La situation des maladies du dos est-elle vraiment si dramatique en Allemagne ?

Grönemeyer : Les maladies du dos sont de loin les plus fréquentes en Allemagne, la plupart des arrêts maladies sont dus à des douleurs du dos. De nos jours, plus de 35 % de la jeune population souffre d’hernies ou de dégénérations discales.
M&B : Les dommages économiques entraînés par le mal au dos peuvent-ils être chiffrés ?
Grönemeyer : Les organismes allemands d’assurance vieillesse et d’assurance maladie dépensent environ 25 milliards d’euros pour le traitement des dégénérations osseuses et musculaires, des arthroses et arthrites, des rhumatismes et douleurs de la colonne vertébrale. Viennent s’ajouter à cela les arrêts de travail causés par les maladies du muscle et squelette qui représentent à elles seules environ 20 milliards d’euros et 71,5 millions de jours d’incapacité de travail par an.

M&B : Quelles sont les personnes les plus touchées par le mal au dos ? Est-ce l’ouvrier du bâtiment devant soulever des charges importantes ou plutôt l’employé de bureau occupé à tapoter sur le clavier de son ordinateur, à cliquer avec sa souris et devant soulever tout au plus quelques dossiers ?

Grönemeyer : Le mal au dos se développe de manière très individuelle et dépend en premier lieu de la stabilité du squelette complet et du développement spécifique des muscles. Il est certes très important de soulager la colonne vertébrale en utilisant les méthodes correctes pour soulever et porter des charges, mais aussi de trouver la bonne position assise. Dans tous les cas, la compensation d’une tenue unilatérale grâce à des exercices de gymnastique ou de sport est extrêmement importante. 80 pour cent des maux de dos chroniques sont dus à une négligence de la musculation dorsale et à une mauvaise tenue permanente. Les corps de métiers les plus touchés sont les caissiers, les employés de bureau, les violonistes, les dentistes mais aussi les caméramans de télé ou de cinéma. Outre sa fonction de soutien, la musculation a pour tâche d’amortir une grande partie du poids qui pèse sur la colonne vertébrale. Les personnes exerçant des activités ou ayant une tenue particulièrement contraignante pour le dos devraient faire des exercices de musculation dorsale afin de muscler leur dos ou certains groupes de muscles. Chaque muscle : trapèze, deltoïde, rhomboïde, grand dorsal, érecteur de la colonne dispose en effet d’une fonction spécifique. Cette musculation permet d’éviter des tensions douloureuses et de prévenir l’apparition d’hernies discales. Parallèlement à cela, il est important de penser à la relaxation des muscles quand certains groupes de muscles sont continuellement sollicités. Le stretching, c’est-à-dire l’étirement des muscles, est décisif pendant le travail mais avant tout avant une forte sollicitation par exemple avant de soulever de lourdes charges ou de faire du sport.

M&B: Quelle est la position optimale d’un employé à son bureau, en d’autres mots, comment doit-il s’asseoir ?

Grönemeyer : Le choix minutieux de sièges ergonomiques adéquats est d’une extrême importance. Ils doivent en effet garantir non seulement une position assise confortable mais aussi permettre de temps à autre de se détendre. Il est également bon d’utiliser entre-temps un tabouret à bascule ou une balle de gymnastique pour relaxer et renforcer simultanément la musculation dorsale. La hauteur du bureau doit être choisie en fonction de la taille de l’utilisateur, il existe pour ce faire actuellement des bureaux variables en hauteur. Pour les pieds, il est judicieux d’acheter un appui-pieds supplémentaire. Pour la bonne distance entre les yeux et l’ordinateur, on préconise en général la règle suivante : les yeux doivent être au niveau de l’arête supérieure de l’écran, le regard plutôt dirigé légèrement vers le bas que vers le haut. Je recommande surtout de changer régulièrement de position même pendant le travail, par exemple d’installer le téléphone à un autre endroit afin d’être obligé de se lever plusieurs fois. Et pourquoi ne pas utiliser un pupitre ? Celui-ci peut être en effet d’une grande aide pour effectuer pendant les pauses quelques exercices de relaxation.

M&B : Est-ce qu’une chaise de bureau pivotante disposant d’une bonne ergonomie peut empêcher ou réduire le mal au dos ?

Grönemeyer : Une chaise de bureau avec une bonne ergonomie est certes recommandable, cependant, une position assise constante comme toute une autre position ou tension unilatérale n’est fondamentalement pas bonne pour notre corps. Une bonne position assise ne suffit à elle seule pour muscler notre dos. La musculation par des exercices physiques ou sportifs ne doit pas être négligée. Passer en position debout de temps en temps atténue souvent le mal au dos. A mon avis, le pupitre devrait faire partie du mobilier de bureau moderne.

M&B : Selon vous, la colonne vertébrale est bien moins sollicitée en position allongée, avec seulement 20 kilogrammes, qu’en position debout ou assise. L’industrie du mobilier de bureau a développé des fauteuils dits de relaxation ayant un angle d’ouverture très large et permettant une petite sieste au bureau. Cette évolution réjouit-elle les spécialistes du dos ?

Grönemeyer : Oui, cela me réjouit vraiment. Le changement de position, d’un côté la position assise bien droite pour renforcer la musculation et de l’autre la possibilité de soulager le dos, est une bonne chose. Il ne faut cependant pas négliger l’entraînement actif, c'est-à-dire le développement ciblé des muscles ainsi que les exercices favorisant la souplesse, surtout en prenant de l’âge.

M&B : Certains bureaux avant-gardistes prônent un environnement de travail au sein duquel les bonnes idées ne se développent pas seulement assis derrière un bureau mais au café, dans un hamac ou encore autour d’un baby-foot. Dans les nouveaux concepts, le travail derrière le bureau semble être démodé. Est-ce une tendance positive du point de vue de la santé ?

Grönemeyer : J’approuve le concept de flexibilité, de plus de mouvement et de changement. Ceci est bon pour le dos, la musculation, les articulations, la circulation sanguine, ainsi que pour le cerveau, chose non négligeable.

M&B : Que pensez-vous des postes de travail debout/assis pouvant être adaptés en hauteur aux besoins de l’utilisateur et qui, après avoir convaincu les Scandinaves, déferlent dans les bureaux allemands ?

Grönemeyer : Des meubles variables en hauteur sont de loin préférables aux produits standardisés. Les besoins varient en effet avec les dimensions corporelles de chacun.

M&B : Quel est le rôle des troubles dits psychosomatiques dans le mal au dos des employés de bureau ? Un employé satisfait et reconnu est-il aussi sensible aux problèmes de dos qu’un collègue faisant l’objet de harcèlement professionnel ?

Grönemeyer : Le corps et l’esprit doivent être considérés comme une entité. L’état psychique joue donc un rôle crucial dans le mal au dos. La dépression par exemple se manifeste souvent par des douleurs lombaires ou par un lumbago aigu. Le stress cause des tensions corporelles. Ce processus est dans la plupart des cas inconscient – le système nerveux végétatif produit une augmentation du tonus musculaire. Le stress permanent comme toute autre pression excessive – causée par exemple par le harcèlement professionnel – entraînent la transformation de la tension en des contractions. Ces contractions chroniques ont pour conséquence des durcissements douloureux des muscles, l’approvisionnement insuffisant des tissus et vaisseaux et enfin des lésions discales ou arthroses des petites articulations intervertébrales.

M&B : Les experts du dos ont-ils des conseils à donner aux ergonomistes et techniciens de l’industrie du mobilier de bureau toujours à la recherche de nouvelles solutions de siège favorisant la santé ?

Grönemeyer : Prévoir de nombreuses possibilités de réglage et ne pas oublier de concevoir de bons sièges pour les enfants, les personnes âgées et les handicapés. Ils doivent également penser aux défis particuliers qui se posent au bureau mais aussi à la maison : cuisine, planche à repasser, garage ou encore atelier.

M&B : Contrairement aux ouvrages écrits par d’hypocrites guérisseurs qui ne touchent que rarement un public très vaste, votre livre, lui, a obtenu un succès tel car il aborde de façon décontractée et claire un problème de santé des plus sérieux. Le thème de la santé du dos ne devrait-il pas être traité à un niveau politico-social plus élevé ? Où se cache donc la campagne d’information dynamique lancée par le Ministère de la santé et impliquant les médecins du travail, comités d’entreprise et industrie du mobilier de bureau ?

Grönemeyer : Le grand succès de mon livre m’a démontré que quelque chose venait de se mettre en mouvement. Il est bon que les changements viennent aussi « d’en bas », c'est-à-dire des personnes concernées, des patients. Il est toutefois certain qu’une large campagne fait encore défaut.

M&B : A votre avis, serait-il bon de dispenser à l’école déjà une sorte d’éducation à la santé traitant entre autres de la position optimale du dos ou les enfants optent-ils instinctivement pour la position correcte ?

Grönemeyer : Je plaide depuis longtemps pour l’introduction d’un cours sur la santé dans les écoles primaires. Il est en outre très important que les enfants s’asseyent sur de bonnes chaises. Ceci serait d’ailleurs certainement un bon champ d’intervention pour des sponsors. Les enfants en effet sont encore assis sur des chaises sur lesquelles j’étais assis, moi, il y a 30 ans de cela. Je plaide également et avant tout pour que les enfants fassent plus de sport et qu’on leur propose entre les heures de cours de petits exercices physiques. Plusieurs fois cinq minutes par jour suffisent déjà. La capacité à bouger diminue et l’obésité augmente. Je pense qu’il est plus que nécessaire de ne pas considérer toujours le sport du point de vue des performances mais du plaisir de se dépenser. La mentalité dans les écoles à ce sujet doit changer et ce, rapidement car les enfants mous et obèses deviendront des adultes souffrant encore plus de troubles de la santé (calcification des vaisseaux, diabète, maladies du dos et des articulations, cancer). Le sport et l’activité physique à l’école sont une contribution essentielle à la prévention de telles maladies.

M&B : Et vous personnellement, que faites-vous pour votre dos?

Grönemeyer : étirements, randonnées, promenades en forêt, marche et natation. Sinon le week-end, je me détends en écoutant de la musique, en lisant et me plongeant dans d’intéressantes discussions.

Mensch & Büro 1/2005 1/2005
Professeur Dietrich Grönemeyer montre comment renforcer les forces d’auto-guérison de notre dos.


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